« BABA BLING »  Signes intérieurs de richesse à Singapour (et en Malaisie)
Exposition temporaire, au musée du quai Branly, Paris, du 5 octobre 2010 au 6 février 2011.

D’après le dossier de presse du Musée, cette exposition témoigne d’une histoire fascinante : comment une communauté d’immigrés a créé une culture unique en laissant sa propre culture d‘origine s’imprégner des influences, coutumes et croyances de leur pays d’adoption.
Ce qui est surtout fascinant, de mon point de vue, c’est comment cette culture mixte vieille d’au moins 5 siècles, est conservée, préservée, mise en valeur – mise au musée- et marque profondément l’identité de la communauté d’origine chinoise de Malaisie et de Singapour.

A Singapour, comme en Malaisie le terme « Baba » désigne un « homme chinois », et par extension, les descendants des communautés chinoises qui se sont intégrées dès le 14ème siècle dans le sud-est asiatique. Ces communautés ont incorporé au fil des siècles de nombreux aspects de la culture malaise ainsi que des éléments de la culture européenne, dans leur culture d’origine.

Le dossier de presse met en avant cette intégration interculturelle exemplaire comme étant « une leçon d‘ouverture d‘esprit et de tolérance, deux sujets plus que jamais d’actualité ».

C’est cependant mal connaître les contextes politiques et culturels de la Malaisie et de Singapour. La culture « baba » autrement appelée « peranakan », mixte par essence, ouverte à « ce qu’il y avait de plus beau et de meilleur dans les autres cultures » est aujourd’hui peu soutenue en Malaisie et reste cantonnée aux villes « chinoises » de la  péninsule malaisienne (à laquelle appartient Singapour). Répertoriés encore en 2010 sur leur carte d’identité malaisienne comme de « race chinoise » ces malaisiens d’origine chinoise ont du mal à faire reconnaître leur histoire et leur culture comme partie indissociable de l’histoire et de la culture malaisienne.

En 2010, il faut aux malaisiens aller à Singapour pour admirer les pièces de collection du patrimoine baba pourtant profondément inscrit dans les grandes villes malaisiennes construites sur le négoce maritime (Malacca et Georgetown) ou sur l’exploitation de l’étain (Ipoh, Gopeng). L’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco en 2009 des villes de Malacca et de Georgetown où la culture baba a été portée à son apogée, porte l’espoir de nombreux malaisiens et singapouriens – autrefois citoyens d’un même pays- de plus de reconnaissance de cette culture unique.

Au delà des objets qui sont présentés au Musée du Quai Branly, la culture « baba » a permis de garder intacte et vivantes des coutumes et des pratiques religieuses aujourd’hui disparues en Chine, un artisanat unique issu de la Chine du sud, aujourd’hui en voix d’extinction faute de soutient public.

Je n’ai pas encore vue l’expo, mais j’invite le futur voyageur en partance pour l’Asie du sud Est à découvrir cette culture qui est présente bien au delà de Singapour, a émergé et influencé tous les pays d’Asie du Sud Est qui se sont contruits avec une immigration chinoise plus que multi centenaire.

Une invitation au voyage

L’expo a été organisée avec le Musée Peranakan de Singapour, mais les organisateurs ont invité un malaisien de cœur et de logis pour partager au delà des objets, la culture « baba » de Malacca.

Serge Jardin donnera une conférence le samedi 16 octobre à 15h00 au       salon de lecture du Musée du Quai Branly :
Rumah Baba Melaka (la maison du baba de Malacca), architecture, culture et histoire, une introduction à la maison du Baba de Malacca.
Baba cool : une maison adaptée aux conditions climatiques.
Baba au Cognac : une maison sous influence européenne.
Baba à la mode chinoise : une maison pour les hommes, une maison pour les femmes.
Le salon de lecture dispose d’un maximum de 70 chaises.
L’entrée est gratuite dans la mesure des places disponibles.

Je ne sais pas si dans le cadre des animations qui accompagnent l’exposition, sont prévus des menus babas au restaurant du Musée, mais si c’est le cas, laissez vous tenter. Dans la cuisine pas de côté « bling bling », mais des associations d’épices et de saveurs uniques, qui me font venir l’eau à la bouche. Peut être que Serge Jardin viendra avec quelques petits délices.

Poursuivez le voyage avec greenselipar, une invitation au voyage autrement en Malaisie. Retrouver les « babas » dans notre sélection sur George Town (en anglais).

Catherine Bossis, le 6 Octobre 2010

 

 

 

 

 

Femme vêtue d’un Kebaya , Années 1930 - Musée Peranakan, Singapour Reproduit dans : Peranakan Museum, guide A-Z, Editions Didier Millet, 2008, p132. Tous droits réservés - © Asian Civilisation Museum 2008

Le kebaya est un bel exemple de cheminement multi-culturel. Ce « chemisier » originaire de Chine a diffusé dans tout l’archipel indo-malais. Il était traditionnellement porté sur un sarong – pièce de coton généralement coloré et décoré par la technique du batik. La légèreté du voile de soie dans lequel il est coupé en fait un vêtement adapté au climat chaud et humide local. Prêt du corps, élégant, il est brodé de motifs essentiellement floraux très finement intriqués. Il y a 30 ans il était porté par toutes les communautés malaisiennes.

 

Des nyonyas d’aujourd’hui en tenue de cérémonie arborent fièrement leurs kébayas portés sur des sarongs de coton. Source http://peranakan.hostoi.com/

L’organza est  souvent aujourd’hui remplacé par les fibres synthétiques, les broderies sont réalisés à la machine, mais l’élégance, le chatoiement des couleurs et la finesse des motifs sont toujours au rendez-vous pour ces malaisiennes qui font perdurer la culture peranakan.

Le kebaya est porté depuis longtemps même en dehors de la communauté peranakan: des paysannes hindouistes de Bali, aux citadines musulmanes de Kuala Lumpur, jusqu’aux jeunes femmes européennes qui le portent aujourd’hui sur leur jean.

Une des dernières fabriques malaisienne de Kebaya qui offre un beau catalogue en ligne  http://www.kebayas.com/kebaya.html